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Le libéralisme et la mondialisation ont gagné, quoi qu'on en pense. Aucun système n'a démontré une meilleure efficacité pour générer plus de création de richesses, à défaut d'une répartition plus juste de celles-ci. Cette répartition doit rester un objectif primordial, mais encore faut-il produire avant de répartir...
Dans ce contexte de mondialisation, le tourisme est une industrie gagnante. De 173 millions de voyageurs transnationaux en 1990 à 800 millions aujourd’hui, pour une prévision du double à l’horizon 2020, l’industrie du voyage profite pleinement de cette mondialisation et s’apprête à devenir la première industrie mondiale.
Si les succès de cette mondialisation en terme de création de richesse globale sont incontestables, ses échecs en matière de répartition et de développement durable n’en sont pas moins patents. Pour se réguler, cette mondialisation, devant l’impuissance de fait des Etats Nations, n’est confrontée qu’à trois réels contre-pouvoirs : les organismes supranationaux dont les pouvoirs sont souvent limités, les O.N.G qui ont peu de moyens, enfin l’opinion publique internationale naissante qui se doit d’être "soutenue" par ce que j’appelle de mes voeux, "l’entreprise citoyenne".
"L’entreprise citoyenne", au-delà de ses choix éthiques, est dépendante d'un monde stable, juste et durable, garant de sa pérennité à long terme. Le profit ne doit pas être son seul but ; d'autres objectifs liés à des valeurs sont à poursuivre, leur réalisation étant susceptible de renforcer paradoxalement leur capacité à faire du profit ! Un capitalisme nouveau au service des valeurs citoyennes, celles-ci au service du capitalisme !
Prenons l’exemple de l’entreprise qui intervient dans l’industrie touristique. Cette entreprise a besoin que le monde réponde aux deux grands défis que sont la réduction de la fracture sociale mondiale (un milliard d’êtres humains vivent avec moins de 1 dollar par jour et n’ont pas accès à l’eau potable !) et la lutte contre le réchauffement climatique.
A défaut, les désordres mondiaux multiples qui en découleraient (terrorisme, guerres civiles, insécurité sanitaire, raréfaction des ressources en eau potable, catastrophes climatiques,…) menaceraient gravement son industrie. Ainsi, l’intérêt de l'entreprise citoyenne touristique moderne, qu’elle soit compagnie aérienne, hôtelière, ou voyagiste, est de sensibiliser le public, les pouvoirs publics, et les organisations supranationales afin de promouvoir les solutions envisagées pour régler ces désordres.
Tout d'abord, s’agissant de la lutte contre l’extrême pauvreté dans le monde, l’O.N.U a voté en 2000 un plan visant à la réduire de moitié d’ici 2020, ce sont les fameux "Objectifs du Millénaire ». Mais les Etats Nations ne financent à ce jour que la moitié des sommes annuelles nécessaires, soit 80 milliards de dollars. Ainsi, la mise en place de financements alternatifs innovants pour atteindre ces objectifs, qui a commencé avec la taxe de solidarité internationale sur les billets d’avion, se doit d’être applaudie et encouragée, d’autant plus que celle-ci ne peut générer, au maximum, que 5 % des 40 milliards de dollars manquants. Il est urgent de trouver et de proposer d’autres outils fiscaux internationaux permettant d’atteindre ces objectifs.
Notons que les 40 milliards de dollars manquants ne représentent que 0,1 % du PIB mondial, soit à peine une demi-journée de la production mondiale…pour un bénéfice potentiel moral et économique immense !
S’agissant par ailleurs des conséquences du réchauffement climatique, l’industrie touristique se doit également d’être en première ligne sur la mise en place des solutions proposées récemment par le GIEC. A défaut, elle risque à la fois des mesures drastiques de réduction d’utilisation de l’avion, et une baisse importante de son activité provoquée par les conséquences de ce réchauffement climatique. Ainsi, l’entreprise touristique citoyenne se doit de participer au triple objectif suivant :
Il est curieux enfin de noter que le GIEC vient d’indiquer dans son dernier rapport que la mise en place de l’ensemble des mesures qu’il préconise, visant à limiter le réchauffement de 2°C si les émissions de gaz à effet de serre étaient réduites de 60 % d’ici 2050, « coûterait » - comme pour la réalisation des objectifs du millénaire - seulement 0,10% du PIB mondial…
Ainsi, il faudrait seulement deux fois 0,10 % du PIB mondial pour changer l'état du monde, sans rien céder aux ayatollahs du non-développement ni à un retour à l’homme des cavernes, - soit à peine une journée de production mondiale pour un monde plus juste, de surcroît économiquement plus efficace.
Pourquoi ne pas essayer....Nous n’avons rien à perdre et tout à gagner.
Jean-François RIAL
Président de Voyageurs du Monde
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